jeudi 22 septembre 2016

La Spirale Dynamique (1)


Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge. Winston Churchill 


Dans notre précédent billet, nous évoquions le Cinquième forum international de l’évolution de la conscience qui aura lieu le 8 octobre prochain autour du thème : Le Quatrième Big Bang, le potentiel infini de l’amour et de la conscience. Cette nouvelle édition nous invite à considérer notre humanité dans la perspective d’une évolution marquée par trois grands "big bangs" : l'apparition de l’univers physique, l’émergence de la vie et l’avènement de la pensée. Cette dynamique de l’évolution se manifeste chez l’être humain par un processus de développement à travers divers stades analysés, identifiés et cartographiés par les chercheurs en sciences humaines au cours du vingtième siècle. Ceux-ci ont créés de nombreux modèles développementaux concernant tous les aspects de la nature humaine : sociaux, culturels, psychiques, éthiques, cognitifs, comportementaux, etc… 

L’approche intégrale met en rapport tous ces modèles et les synthétise avec les grandes traditions spirituelles pour proposer une cartographie globale du développement humain. Une telle approche évolutionnaire correspond aux sociétés de l’information en mutation constante et en complexité croissante. De nouveaux modes de pensée doivent permettre de participer à ce changement continuel faute de quoi on est condamné à le subir. Comme le dit Winston Churchill : « Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge. » 

Cet aphorisme est d'une actualité brûlante en ces temps troublés où la mondialisation produit un choc des civilisations, des valeurs et des visions du monde qui leur sont inhérentes. Une perspective intégrale identifie et respecte chacune de ces "visions du monde" comme l'expression d'un stade de développement indispensable à l'évolution humaine. Ce qui permet d'établir des ponts et des corrélations entre des cultures fondées sur des "systèmes de valeurs" différents tout en respectant leur identité et leur intégrité.

Si la Spirale Dynamique est l’un des modèles développementaux les plus connus c’est sans doute à cause d’une certaine simplicité (apparente) qui permet d’identifier chacun des grands  "systèmes de valeurs" par une couleur correspondante. Dans un article du magazine américain What is Enlightenment ? paru à l'Automne 2002 et intitulé La Spirale de l’évolution. Une quête infinie par le haut, Jessica Roemischer propose un long entretien avec Don Beck, co-auteur du modèle de la Spirale Dynamique, que nous vous proposerons dans nos prochains billets. Pour mieux se familiariser avec l'esprit qui préside à ce modèle, voici ci-dessous la présentation de cet entretien par Jessica Roemischer. Une présentation qui sera précédée d’un extrait de "La révolution de la pensée intégrale" paru en 2010 dans lequel Patrick Drouot évoque l’intérêt et l’originalité de ce modèle : « La Dynamique Spirale permet de regarder sous la surface de la pensée humaine, à la recherche des systèmes de valeurs qui agissent à l’intérieur des individus et des structures sociales. » 

Penser l'évolution grâce à une spirale. Patrick Drouot 

Dans cet extrait de « La révolution de la pensée intégrale », Patrick Drouot traduit le terme anglais Dynamics Spiral par Dynamique Spirale. Dans le texte de Jessica Roemischer, nous avons choisi pour notre part de le traduire par Spirale Dynamique conformément à ce qui est devenu l’usage majoritaire dans l’espace francophone. 

C’est dans les années 1950 que le professeur Clare Graves a échafaudé ce qu’il a d’abord appelé sa « "Théorie de l’émergence cyclique des niveaux d’existence". Une formule un peu barbare pour décrire une réalité certes complexe, mais très accessible et qui met magistralement en lumière la manière dont évoluent à la fois les humains et les sociétés qu’ils composent. Plus tard, dans les années 1980, ces travaux, repris et complétés, ont été baptisés "Dynamique Spirale" par les deux élèves de Graves qui se sont attelés à la difficile tâche de poursuivre les travaux du fondateur du modèle.

Aujourd’hui, c’est donc sous cette appellation que l’on connaît cette théorie. Une appellation très parlante. En effet, il semble que depuis cent mille ans, les sociétés humaines aient évolué non pas en suivant une ligne droite lancée vers un avenir toujours fuyant, mais comme une Spirale ; un mouvement inexorable vers plus de complexité, qui se développe à la manière d’une courbe s’enroulant autour d’un axe central et repassant périodiquement à l’aplomb des mêmes points, sur un plan supérieur. 

Depuis, cette idée provocante a séduit un nombre grandissant de penseurs et de chercheurs de tous bords. D’autant que Graves a émis une hypothèse étonnante : les sociétés planétaires évolueraient par elles-mêmes, cette évolution façonnant les humains qui la composent et qui, par leur propre transformation, influenceraient à leur tour la société dans laquelle ils vivent. Ce n’est donc pas une seule Spirale que nous allons étudier, mais une sorte de double hélice dont une branche concerne l’évolution de la société, et l’autre celle de l’individu, les deux étant indissociablement liées. 

Avant de parvenir à cette vision de l’évolution humaine, Graves s’est livré à un véritable travail de fourmi, interviewant des milliers de personnes, réalisant des tests très minutieux, mettant en perspective les résultats de ses entretiens, analysant les théories précédentes... Et les conclusions qu’il en a tirées jettent une lumière nouvelle sur les mécanismes du monde actuel, tout particulièrement dans la période de crise que nous traversons. 

De plus en plus vite... 

Le rythme d’évolution du monde ne cesse de s’accélérer. Il y a quelques milliers d’années, ce rythme était si lent qu’au cours d’une vie, les individus ne percevaient pas les mutations de leur groupe. Plus tard, il y a quelques siècles, il s’est accéléré, permettant aux personnes d’un même groupe (une ethnie, un pays...) de commencer à percevoir une petite partie de cette évolution. 

Pourtant, le temps de l’évolution du monde est globalement resté plus lent que le temps des hommes jusqu’à une période très récente. C’est seulement depuis la fin du XIXe siècle que le processus a commencé à s’inverser. Aujourd’hui, le rythme d’évolution des sociétés humaines, et tout particulièrement celui des sociétés occidentales, est devenu plus rapide que celui de l’individu. Les grandes mutations, qui s’étalaient autrefois sur des centaines, voire des milliers d’années, ne durent à présent que quelques décennies. Au cours d’une existence, nous pouvons être les témoins conscients de plusieurs mutations successives.

Prenez nos arrière-grands-parents, nés au début du XXe siècle. Les premières années de leur vie se sont déroulées dans un monde où l’on s’éclairait encore avec des lampes à pétrole et où l’on voyageait en voitures à cheval. Ils ont dû s’adapter à l’électricité, à la voiture automobile, puis au téléphone, à la radio, à la télévision... Certains ont même vu l’homme marcher sur la lune et ont assisté aux balbutiements de la planète internet. Ces découvertes n’ont pas seulement modifié leurs habitudes de vie quotidienne, elles ont eu un retentissement profond sur leur vision du monde, bouleversant notamment la relation au temps et à l’espace.

Pour la plupart, nos aïeux n’ont été que les témoins passifs de ces mutations de plus en plus rapides : certains se sont laissé entraîner comme des bouchons flottant sur le courant ; d’autres ont résisté de toutes leurs forces à ce qu’ils ont persisté à considérer comme des changements inutiles et perturbants. Il en va différemment aujourd’hui. Si nous le désirons, nous pouvons devenir les acteurs conscients de ces mutations et, du même coup, participer à l’évolution en cours. C’est vrai pour les décideurs sociaux et politiques ; c’est vrai pour les chefs d’entreprise ; c’est vrai aussi pour chacun de nous, dans le cadre de nos vies personnelles. 

De nouvelles architectures de pensée

Voilà pourquoi la Dynamique Spirale tient une place essentielle dans le dispositif global de la pensée intégrale. Que nous soyons décideurs, patrons, partie prenante dans l’évolution des structures sociales, ou que nous agissions uniquement au niveau de notre mutation individuelle, nous ne pouvons plus nous contenter de résoudre les problèmes au fur et à mesure de leur apparition. C’est une attitude dépassée, qui nous contraint à rester à la traîne du changement. Une dynamique plus radicale est aujourd’hui nécessaire. Elle appelle pour l’avenir de nouvelles architectures de pensée qui anticipent les changements.


Dans ce cadre, la Dynamique Spirale est d’une aide précieuse. En portant, sur nous-mêmes et sur les structures dans lesquelles nous sommes intégrés, ce regard radicalement différent, nous pourrons enfin transformer les problèmes émergents en défis capables de créer pour demain de nouvelles opportunités de croissance, aussi bien pour les individus que pour la société. La Dynamique Spirale permet de regarder sous la surface de la pensée humaine, à la recherche des systèmes de valeurs qui agissent à l’intérieur des individus et des structures sociales. 

Les questionnements qui émergent aujourd’hui ne sont que les symptômes d’un malaise sous-jacent, des controverses de surface, révélatrices des mutations qui sont en cours en profondeur. Il faut donc lever un coin du voile pour regarder ce qui se passe en dessous, si nous voulons avoir une chance d’accélérer notre rythme d’évolution personnel et de le synchroniser avec celui des sociétés humaines du XXIe siècle. 

La Spirale de l’évolution. Une quête infinie vers le haut. Jessica Roemischer 

Extrait du numéro 22 (automne/hiver 2002) du magazine américain What is Enlightenment ? 

Je pense que je commence à voir les gens comme des couleurs ! Après trois mois d'immersion dans la Spirale Dynamique, une théorie sur l'histoire du comportement humain qui plonge dans les profondeurs, je peux affirmer sans exagérer que la dynamique de cette Spirale est, en effet, une des avancées les plus importantes dans la compréhension et la gestion de la complexité, cette complexité que nous sommes. Nos diverses visions du monde, nos croyances, nos identités mêmes, sont représentées par huit " Mèmes ", ou systèmes de valeurs, qui s'appliquent autant aux individus qu'à des cultures entières. Et, au fur et à mesure que je la découvre, cette représentation de la conscience humaine en forme de spirale de l'évolution, avec sa hiérarchie de " Mèmes " codés en couleurs, est littéralement en train de colorer ma perception. 

J'étais au mariage d'un ami quand, tout à coup, je me suis rendu compte que je voyais le Mème BLEU (absolutiste) dans cette dame en vêtements guindés qui portait un crucifix, le Mème ORANGE (entrepreneur) dans ce jeune arriviste avec sa Rolex, et le Mème VERT (égalitaire) dans ce hippie barbu et vieillissant. Pire que ça : je commence à voir à quel point je suis moi-même " VERTE ", avec mon désir de vie communautaire et d'acceptation consensuelle, mon fort parti-pris contre les corporatismes et les conservatismes politiques, et ma passion pour les causes environnementales, même si, je dois l'avouer, je suis attachée à conduire vite (ROUGE-impulsif) mon Audi (ORANGE) ! 

Dois-je m'en inquiéter ? Suis-je en train de cataloguer les autres, et moi-même, en classant tout selon ces types répertoriés en couleurs, appliqués peut-être à la va-vite, que l'on appelle " Mèmes " ? Le modèle de la Spirale de l’Évolution, constitué de ces Mèmes, n'est-il qu'une façon pratique de fuir la complexité et la diversité des êtres humains, d'éviter d'avoir à user de discernement et de rigueur ? Au contraire, ai-je découvert, cette grille d'interprétation, loin de conduire à un froid détachement analytique ou à une perspective unidimensionnelle, éclaire en profondeur les lignes fuyantes de la psychologie humaine, les croyances et les valeurs (y compris les miennes) qui, souvent inconsciemment, guident nos choix et façonnent jusqu'à notre sens de l'identité.

Le point de vue de la Spirale Dynamique aboutit également à une objectivité inattendue et libératrice, car elle situe ma propre expérience dans le contexte de l'histoire entière de l'évolution psychologique humaine dont la totalité se retrouve en chacun de nous, depuis les instincts de survie les plus primitifs (BEIGE) jusqu'aux aspirations spirituelles les plus évoluées (TURQUOISE), avec, dans mon cas, une bonne dose de bonne conscience éco-égalitariste (VERT) à remettre en cause ! 

Un magicien de la spirale


Mais pourquoi une spirale, me direz-vous ? Le mouvement spiralé est l'expression dynamique des forces cosmiques et naturelles, une " fractale universelle dominante ", manifeste partout, que ce soit dans le code ADN en hélice ou dans les galaxies en spirale qui peuplent notre univers. Le mouvement en spirale semble la meilleure façon de représenter l'évolution de la conscience humaine : par une structure en spires montantes, évolutives, qui dresse la carte de nos systèmes de pensée en évolution, se déployant en niveaux de complexité croissante. 

Il est certain que la conscience humaine a considérablement augmenté en complexité au fil des millénaires, comme le démontre le rythme accéléré de notre monde hautement interactif. Toutefois, en dépit des illusions que je pourrais avoir sur mon positionnement dans la spirale, de par ma vie " high-tech post-moderne ", le modèle de Beck et Cowan nous signale que les êtres humains émergent à peine du premier grand épisode de l'histoire humaine, une ère de 100 000 ans fondamentalement basée sur la survie : la " Première Phase " de la Spirale.

Don Edward Beck développe, enseigne et met en œuvre son concept de stade évolutifs depuis bientôt trente ans. Transmettant la perspective authentiquement " intégrale ", ou inclusive, qui est l'essence de ce modèle en spirale, Beck reconstitue la vaste tapisserie que forment les diverses cultures, avec le soin, la perspicacité, et la familiarité de quelqu'un décrivant sa famille, attentif aux capacités et aux tâches propres à chacun de ses représentants. Son humanisme évolué et son enthousiasme contribuent à nous convaincre que son interprétation des étapes de l'évolution culturelle est extrêmement utile pour prendre en charge les défis et les responsabilités immenses auxquels nous sommes confrontés en ce moment de l'histoire.

En effet, on pourrait qualifier Don Beck de militant-philosophe pour ce nouveau millénaire. En tant que co-fondateur du Centre National des Valeurs à Denton, Texas, et président du Spiral Dynamics Group, à visée internationale, il est, selon sa propre définition, un " magicien de la Spirale ", utilisant ce modèle évolutif pour effectuer des changements de système à grande échelle, dans différents secteurs et diverses cultures. 

Une nouvelle dimension de la nature humaine


Avec Christopher Cowan, il a écrit en 1996 "Spiral dynamics : Mastering Values, Leadership, and Change" (" La Spirale Dynamique : maîtriser les valeurs, la direction et le changement "). Cet ouvrage développe la théorie de l'évolution des grands systèmes valeurs, selon un processus oscillant en spirale au fil de l'histoire humaine, émise à la fin des années 60 par le psychologue et professeur Clare Graves, mort en 1986. La longue carrière de consultant de Beck l'a conduit sur des sites aussi différents que le 10 Downing Street, pour rencontrer des membres du bureau politique de Tony Blair ; le cercle dirigeant de Chicago, pour traiter les difficultés rencontrées par les institutions éducatives dans cette ville ; la Banque Mondiale, pour examiner l'avenir de l'Afghanistan ; et les conseils d'administration de grandes banques, de compagnies aériennes, de distributeurs d'énergies, d'agences gouvernementales. 

Don Beck a discuté de problèmes raciaux avec le Président Bill Clinton et de stratégies de réconciliation avec le président Nelson Mandela, jouant notamment un rôle central dans la création pacifique d'une Afrique du Sud démocratique, action récompensée par un poste législatif honorifique en 1996 dans l'état du Texas où il réside. Plus récemment, il a fondé avec le philosophe intégral Ken Wilber et le président de l'institut Airlington John Petersen, entre autres, le SDi ou "Spirale Dynamics intégral" pour " gérer les interventions, le changement et la transformation à grande échelle". 

S'appuyant sur sa vaste expérience, Don Beck explique pourquoi la théorie de la Spirale Dynamique est un instrument de grande portée pour quiconque reconnaît la nécessité d'une transformation humaine et d'une réconciliation globale en cette période aussi critique et exigeante de l'histoire. De fait, plus l'on se familiarise avec la perspective globale de la Spirale Dynamique, plus on comprend pourquoi cette théorie imposante a pu être qualifiée de " nouvelle définition de la nature humaine et de la dimension évolutive de l'intelligence humaine. " 

Lire l’entretien avec Don Beck dans les prochains billets du Journal Intégral

Ressources
 
Penser l'évolution grâce à une spirale  Extrait de La Révolution de la pensée intégrale de Patrick Drouot. Site Inrees 


La spirale de l’évolution. Une quête infinie vers le haut. Un entretien avec Don Beck, co-auteur du modèle Spiral Dynamics. L’article est extrait du numéro 22 (automne/hiver 2002) du magazine américain What is Enlightenment ? 

Dans Le Journal IntégralUne Spirale dynamique aux couleurs de l’évolution : on trouvera dans la rubrique Ressources de ce billet de nombreuses références bibliographique et nétographiques; Introductions à la Vision Intégrale

jeudi 8 septembre 2016

Cinquième Forum International de l'Evolution de la Conscience


Ne vous demandez pas de quoi le monde a besoin. Cherchez ce qui vous fait vibrer. Parce que ce dont le monde a besoin, c'est de personnes qui vibrent avec la vie. Harold T. Whitman 


Le 4ème Big Bang. Le Potentiel infini de l’Amour et de la Conscience 

C’est devenu une tradition : depuis cinq ans déjà, l’association EvolutionNext et la société Integral Vision organisent à chaque rentrée, en Octobre, un forum international dédié à l’évolution de la conscience et de la culture. Ce forum a pour but d'éveiller, de connecter et de mobiliser un mouvement global d'"évolutionnaires" : des personnes qui se sentent personnellement responsables de créer le futur et qui se reconnaissent dans La Déclaration de l'évolutionnaire

Les organisateurs cherchent à créer les conditions propices pour accélérer la transformation des participants en alternant des moments de méditation, d'inspiration et d'intelligence collective. C'est dans cet esprit que des pionniers de la spiritualité évolutionnaire et intégrale sont invités pour évoquer la pertinence et explorer les modalités originales de l'éveil spirituel à notre époque. La cinquième édition du forum aura lieu samedi 8 octobre 2016 à Paris avec pour thème : Le Quatrième Big Bang. Le potentiel infini de l’amour et de la conscience. 

Après avoir posé en 2012 le caractère indispensable de l’évolution de la Conscience comme clé de notre devenir, après avoir rappelé en 2013 notre responsabilité qui est de co-créer consciemment le futur puis, après avoir étudié en 2014 la science de l’évolution de la Conscience, après avoir partagé en 2015 l’expérience de ces évolutionnaires qui consacrent leur vie à concrétiser leurs rêves et à réaliser leurs utopies, ce cinquième forum sera l’occasion de se poser la question suivante : après le Big Bang qui a permis la création de l’univers, après ceux - métaphoriques - qui ont permis l’apparition de la vie et l’émergence de l’Intelligence, sommes-nous en train de vivre un 4ème Big Bang ? L’Amour et la Conscience en sont-ils la source ? Et vers quelle destination ? 

Les intervenants de ce forum apporteront leurs réponses à ces questions en proposant leurs visions de l’évolution humaine à l’heure où la crise systémique que nous traversons nécessite l’émergence d’un autre paradigme. Les ateliers d’intelligence collective seront l’occasion pour chacun des participants d’échanger leurs réflexions en créant les conditions d'une intelligence collective.

Programme 


8:15 - 8:45. Accueil 

8:45 - 9:00. Chapitre 1 - L’Univers a besoin de nous ! Eric Allodi, Formateur en éveil évolutionnaire et en philosophie intégrale

Avez-vous déjà osé voir au-delà du quotidien pour explorer le sens caché de la réalité, répondre aux questions d’identité et de sens qui fascinent l’humanité depuis toujours, et vivre une vie juste, libre des peurs et des désirs qui vous tourmentent ? Vous êtes-vous déjà interrogé sur votre destinée, votre place dans l’Univers, votre rôle dans le processus d’évolution ? Connaissez-vous les secrets de l’Univers, sa source, son histoire et sa direction ? Lors du Big Bang initial, à partir de rien sont nées la matière et l’énergie, puis à partir d’un univers mort est apparue la Vie, et enfin, un jour, cet univers vivant est devenu conscient de lui-même grâce aux facultés de conscience auto-réflexive de l’être humain. Trois mystérieux sauts quantiques qui sont les jalons d’un parcours infini dont la direction dépend maintenant de nous. 

Alors, quelle est la prochaine l’étape de l’évolution ? Sommes-nous les cellules d’un prochain saut quantique qui nous dépasse et nous appelle ? Comment y participer, comment initier le quatrième Big Bang ? Cette 5ème édition du Forum sera l’occasion, non seulement de découvrir comment les notions multi-millénaires d’Amour, de Conscience ou d’Éveil, s’inscrivent dans la grande fresque cosmique de l’Évolution, mais, surtout, de provoquer et vivre une émergence inédite dont nul ne connaît les contours. 

9:00 - 9:40. Chapitre 2 - Être et Devenir, le moteur de l’évolution cosmique. Annette Kaiser, enseignante spirituelle, visionnaire et auteure. 

Ancrée dans le silence – Maintenant et à chaque instant, la pure Conscience émerge, impalpable, rayonnante de bonheur et d’amour infini. C’est un Big Bang qui se perpétue, un saut quantique dans le développement de l’évolution sur terre : c’est l’espèce humaine qui s’éveille. De la matière à la vie au mental, jusqu’à cette pure conscience qui distille silencieusement son amour dans tout ce qui est – Maintenant ! Ce Cœur de nos cœurs révèle le prochain pas de l’humanité. Trouvant sa source dans une Unité primordiale, une nouvelle danse émerge entre l’être et le devenir, unissant la forme et le sans forme, le ciel et la terre, dans une absence totale de dualité. 

Le Cœur de nos cœurs est la dynamo, la lumière dans la lumière, qui crée, sous-tend et réunit toutes les fréquences des formes. Dans l’immobilité absolue cette dynamo donne naissance à la chanson évolutionnaire dans le monde. Aujourd’hui, alors que de plus en plus d’êtres humains s’éveillent, l’Évolution devient consciente d’elle-même. Cela signifie que cette co-création consciente, mue par l’amour, est maintenant en mesure de se manifester sous la forme d’une nouvelle culture pour le bien de tout ce qui est. Une nouvelle culture qui respecte la diversité et célèbre la dignité de chaque être vivant. 

9:40 - 10:20. Chapitre 3 - L’Amour est la source de l’univers. Armelle Six, Enseignante spirituelle. 

L’Amour est source de tout, il est infini. Il ne connaît ni commencement ni fin; Il Est, tout simplement. C’est la puissance créatrice de la Vie ! L’Amour que nous sommes est l’absence de non-amour, de non-acceptation. Il est inclusion totale de toutes les expériences. Il Est, avant toute expérience, avant toute dualité d’amour-sentiment, ressenti, émotion et de non-amour, haine, exclusion. Un amour qui ne peut être mis en mot, ni en forme, et qui n’a pas d’objet. Or nous sommes cet amour qui se donne à lui-même, qui n’a ni besoin d’aimer, ni d’être aimé. Et dans cette reconnaissance, on découvre un amour, qui comprend tout et d’où découlent toutes les formes d’amour humain. C’est une force de transformation très puissante qui change à jamais qui nous pensions être et ce que vous croyons que le monde est. 

Être reçu, accueilli par cet espace inconditionnel d’amour sans forme et sans mot, est un « choc » qui nous reconnecte instantanément à cela même qu’il est, que nous sommes. Ce n’est pas une pratique, ni un « faire », c’est ce que nous sommes tous! De la reconnexion à l’amour véritable que nous sommes naît la plus importante des « relations », la relation à Soi. De là, inévitablement, en découlent toutes les relations humaines, dans une dynamique nouvelle où les valeurs de partage, de collaboration, de compassion et d’ouverture à la différence deviennent alors naturelles. S’installe alors une danse entre le sans forme et la forme, l’un découlant de l’autre et reflétant cet inévitable « connexion » à soi. 

10:20 - 11:00. Chapitre 4 - Nous sommes le processus d'évolution. Andrew Cohen, Enseignant Spirituel de l'Éveil Évolutionnaire. 

Nous sommes la conscience en évolution, nous sommes les co-créateurs de l’univers manifesté qui ne pourra se déployer qu’à la hauteur de notre compréhension de deux absolus, l’Être et le Devenir. Nous créons un Nouvel Être Humain dont les contours ne sont pas encore définis mais dont la responsabilité est de créer un collectif éveillé en perpétuelle évolution. Le défi est désormais le suivant : comment rester profondément ancré dans cet Amour inconditionnel et parfait qui est la source du Tout et en même temps savoir répondre aux sollicitations incessantes du monde dans lequel nous vivons, sans perdre de vue notre désir profond d’évoluer ? 

En osant lâcher nos attentes et nos peurs pour répondre à un destin plus grand, la force de création de l’univers peut s’exprimer à travers nous, nous permettant de découvrir notre vocation, notre apport unique tout en étant Un avec les autres. La question du choix primordial nous est alors posée : quelle partie de nous allons-nous décider d’exprimer ? Notre ego limité, conditionné, séparé, à la recherche perpétuelle de reconnaissance ou notre Soi profond authentiquement aligné avec l’Univers et heureux de participer à l’évolution de la conscience ? 

11:00 - 11:30. Pause 

11:30 - 12:45 - Chapitre 5 : Découvrir notre projet collectif. Atelier en intelligence collective N°1 avec les 500 participants. 


Au fond de nous tous réside un projet secret qui, telle une graine dont le fruit nous émerveillera, pourrait bien bouleverser le monde que nous imaginons. Depuis près de 14 milliards d’années, ce projet se déploie en nous et tout autour de nous sans que nous en soyons réellement conscients. Ayant chevauché la matière et la vie, ce processus d’évolution développe désormais son intériorité à travers nous grâce à la capacité de conscientisation de l’être humain. Pouvons-nous utiliser cette capacité pour le ressentir en soi, ou encore mieux, pour découvrir sa direction et co-créer avec lui le futur ? C’est le but de cet atelier d’intelligence collective où nous aiderons les participants à faire émerger cette connaissance intérieure pour, ensuite, la partager en session plénière.

12:45 - 14:15. Déjeuner 

14:15 - 14:45. Chapitre 6 : Le projet secret du processus d'évolution.

Les représentants des différents groupes sont invités, en séance plénière, à témoigner et partager les principales découvertes qui auront émergé de l’atelier N°1.

14:45 - 15:05 Chapitre 7 : De l'utopie à la réalité. Christine Guinebretière, chef d'entreprise et enseignante en éveil évolutif.

Découvrir que nous sommes la conscience en évolution et les co-créateurs du futur est une immense révélation qui peut éventuellement nous conduire sur un chemin de transformation de l'être, continu et sans fin. Cette quête intérieure suppose d'aligner en nous nos aspirations spirituelles les plus profonde avec notre réalité quotidienne. Dans son intervention, Christine Guinebretière évoquera la façon dont une expérience spirituelle très profonde a radicalement changé le cours de son existence et comment la passion d'évoluer est devenue une soif sans fin de découverte, d'épanouissement et de créativité.

14:45 - 15:30. Chapitre 8 : Concilier mes aspirations les plus profondes avec mon quotidien. Diane Musho Hamilton, Enseignante de Zen et de spiritualité intégrale. 

Il est toujours délicat de relever les défis de notre expérience moderne depuis un perspective spirituelle. Comment évoluer consciemment au-delà des idées anciennes et limitées ? Comment incarner au mieux sagesse et compassion ? Comment faire l'expérience de la réalité telle qu'elle est, et accueillir toutes les situations avec un esprit joyeux ? En combinant des décennies d'innovation dans la résolution des conflits avec la pratique du Zen, Diane utilisera soin, profondeur et perspicacité pour guider le public dans un voyage passionnant et évolutionnaire. Diane pratique la méditation depuis près de 30 ans. Elle a commencé ses études à l’Université Naropa en 1983 avec Choygam Trungpa Rinpoché, et est devenue étudiante Zen de Genpo Roshi en 1997. Elle a travaillé avec Ken Wilber et l’Institut Integral depuis 2004. Médiatrice et experte en dialogues interculturels, interreligieux ou interraciaux, Diane a reçu plusieurs prix prestigieux pour son travail, dont le Award Peacekeeper du conseil de l’Utah pour la résolution des conflits. 

15:30 - 16:30. Chapitre 9 : Éclairer sa part d'ombre pour mieux évoluer. Atelier N°2 avec les 500 participants animé par Diane Musho Hamilton

Experte en pratique de vie intégrale, Diane animera un séminaire de travail sur l’inconscient appelé « Shadow Work ». Ce travail consiste à réintégrer consciemment des ombres inconscientes issues de traumatismes passés et qui sont généralement sources de confusion, de mal-être et de difficultés relationnelles. Ignorer ces ombres se traduit par la création de projections qui nous dérangent chez les autres alors qu’elles sont les reflets d’aspects inconscients de nous-mêmes. Ce n’est qu’en prenant la responsabilité de nos projections et en les renversant que nous pourrons : 

Ré-intégrer les parties de soi qui étaient dissociées. Libérer toute l’énergie qui servait jusqu’à présent à réprimer notre part d’ombre. Faire émerger davantage d’empathie et de compassion. Accéder à de nouvelles intuitions spirituelles et à de nouveaux stades de développement. Accéder à davantage de créativité suite à la dissolution de ces limites énergétiques. Cesser d’être irrité(e) ou distrait(e) par des situations ou des personnes spécifiques. Ce travail sera mené en 3 étapes en session plénière avec l’ensemble des 500 participants. 

16:30 - 17:00. Pause 

17:00 - 17:30. Chapitre 10 : Témoignages de deux évolutionnaires : Arnaud Riou, Auteur, conférencier et comportementaliste. Martine Vandenbroucque, co-directrice des éditions Terre de Lumière, membre du réseau « Évolutionnaires 2015 ». 


17:30 - 18:15. Chapitre 11 : Une émergence inédite. Table ronde avec l’ensemble des orateurs qui répondront aux questions du public. 

18:15 - 18:30. Chapitre 12 : Et maintenant... Conclusion de la journée par Eric Allodi. 

Ressources

Sur le site du Forum international de l’évolution de la conscience, vous trouverez tous les renseignements pratiques pour participer à cet évènement, une présentation détaillée de chaque intervenant ainsi que de nombreuses autres informations. 




Quatrième édition: Les Utopies réalisées


jeudi 21 juillet 2016

Magie et Imaginaire


La magie est l’art de communiquer avec les pouvoirs spirituels présents dans la nature et en nous-mêmes. Arthur Evans 


Dans nos deux derniers billets nous avons évoqué le retour des sorcières sur la scène de l'imaginaire collectif à travers de nombreux évènements culturels. La trajectoire de Starhawk est emblématique de ce retour : celle qui se définit comme "sorcière néo-païenne" s’inscrit dans la continuité d’une tradition païenne immémoriale tout en actualisant cette tradition dans le contexte du mouvement écoféministe. Un contexte dans lequel la chasse aux sorcières à la Renaissance apparaît comme l’expression tragique de ce que Max Weber nomme le "désenchantement du monde". 

Si la chasse aux sorcières est le symbole terrifiant de ce désenchantement, le retour de celles-ci dans l’imaginaire collectif renvoie à l’urgence d’un réenchantement à l’heure où la crise systémique que nous traversons préfigure soit l’effondrement de notre civilisation, soit un saut évolutif vers un nouveau stade de conscience. Il semble que ce réenchantement passe aujourd’hui par l’émergence d’une vision du monde fondée sur la complexité dans nos sociétés connectées où "tout est lié". Dans cette nouvelle vision du monde les valeurs relationnelles de la subjectivité – la sensibilité, l’intuition et l’imagination créatrice – retrouvent un rôle central qui leur avait été dénié par la culture de séparation inhérente à la modernité. 

Cette dynamique de réenchantement a inspiré aux sorcières écoféministes un processus d’"empowerment" qui vise à développer un potentiel individuel ou collectif pour s'émanciper des conditions et des situations aliénantes créées par cette culture de séparation. Un tel processus implique de libérer l’imaginaire de l’emprise exercée sur lui par l’hégémonie de la raison abstraite et les manipulations publicitaires de la société marchande. Décoloniser l’imaginaire, c’est suivre le chemin d’une conversion intérieure par laquelle l’intuition retrouve sa place prééminente dans l’ordre de la connaissance et, dans le même mouvement, remettre la raison à la sienne qui est celle d’un moyen au service de la vie/esprit. 

Les sorcières néo-païennes nous montrent la voie en développant la puissance de l’imagination créatrice qui fut au cœur d’une magie ancestrale moquée et refoulée tant par le monothéisme chrétien que par la modernité abstraite qui la prolonge. Honorer les "sorcières" comme symboles d’un réenchantement c’est redécouvrir le rôle de la magie comme « art de communiquer avec les pouvoir spirituels présents dans la nature et en nous-mêmes » selon la définition d’Arthur Evans. Un art qui utilise l'intuition pour se connecter et l'imagination pour participer à la dynamique créatrice qui unit l'être humain aux divers milieux où il évolue.

P.S : Pour une meilleure compréhension, ce billet doit être lu dans la continuité des deux précédents: Femmes, magie et politique et Le Retour des Sorcières. Prenez le temps de les lire auparavant si possible, c'est la période des vacances...

Un monde désenchanté 


"L’intuition est un don sacré et la raison, une fidèle servante. Nous avons crée une société qui honore la servante en oubliant le don". En quelques mots, Albert Einstein explique le processus de désenchantement qui accompagne la modernité et pose, de manière synthétique, le problème essentiel auquel notre civilisation se trouve confrontée : l’hégémonie d’une rationalité abstraite enfermant la conscience humaine dans un modèle technocratique qui la coupe d’une participation vivante et intuitive au milieu dans laquelle elle évolue. 

Cette continuité intuitive entre l’homme et son milieu fut au cœur des traditions païennes depuis les origines de l’humanité. L'enchantement pré-moderne correspond à un stade de fusion pré-individuelle entre la subjectivité et son milieu de vie. Il correspond au sentiment vécu d’une unité harmonique entre le microcosme et le macrocosme, le visible et l’invisible, l'intériorité et l'extériorité. Ce sentiment d'harmonie s’exprime aussi bien par une pensée analogique et symbolique que par la participation sensible de la subjectivité à une totalité vivante qui lui donne son sens c’est-à-dire sa dynamique et sa signification. Le désenchantement moderne naît du développement et de l'affirmation d'une identité personnelle - l'égo - qui perd le sens de cette continuité harmonique au profit de séparations abstraites devenues hégémoniques. 

Au cœur de l'enchantement : l'intuition, ce regard intérieur (in-tueri) émergeant du flux des perceptions et connecté à son milieu de vie par le lien homéotélique qui unit la partie au tout dont elle procède. Global et synthétique, ce regard intérieur s'exprime via cette faculté d'imagination qui la traduit en image et en vision. Ceci explique la place primordiale accordée aux chamans, prophètes et autres magiciens chez les peuples premiers et dans les cultures traditionnelles où la Vision acquiert une valeur centrale. Traduisant l'intuition en images, l'imagination devient un pont entre le monde du dedans (celui de la conscience) et le monde du dehors (celui du monde matériel). De même que l'imagination traduit l'intuition en images, la raison abstraite traduira l'image en concepts à travers une logique formelle permettant d’agir via les sens sur le monde matériel. Voilà donc, de manière très résumée, l'ordre traditionnel de la connaissance cheminant de l'intuition à l'imagination, de l'imagination au concept et du concept à la sensation.

Les Trois Yeux de la Connaissance

Saint Bonaventure a évoqué cet ordre traditionnel à travers les "trois yeux de la connaissance" - l’œil de chair, l’œil de raison et l’œil de contemplation - ainsi décrits par Ken Wilber : " l’œil de chair par lequel nous percevons le monde extérieur de l'espace, du temps et des objets; l’œil de raison par lequel nous acquérons une connaissance de la philosophie, de la logique et du mental lui-même; et l’œil de contemplation par lequel nous accédons à la connaissances des réalités transcendantes". (Les Trois yeux de la Connaissance).

Saint Bonaventure s'inscrit dans une tradition immémoriale à laquelle se réfère aussi Plotin : "La connaissance comporte trois degrés : l'opinion, la science, l'illumination. Le véhicule ou l'instrument du premier, c'est la sensation; du deuxième la dialectique; et du troisième l'intuition. Au dernier je subordonne la raison. C'est la connaissance absolue reposant sur l'identification de l'esprit connaissant à l'objet connu". Cet ordre traditionnel sera contesté et renversé durant la période moderne par l'hégémonie d'une pensée abstraite et iconoclaste qui, dans sa volonté d'objectivation totalitaire, considère l'imagination comme la "folle du logis" selon Pascal et donc comme source d'erreur à éradiquer.

Ceux qui s’intéressent au rôle traditionnel de l'imagination dans la connaissance et à sa subversion par la modernité iconoclaste peuvent se référer à l’œuvre d’Henri Corbin et à son concept d'Imaginal,  ainsi qu'à l’œuvre de Gilbert Durand qui fut son disciple (notamment Les Structures Anthropologiques de l’Imaginaire, L'imagination symbolique et Sciences de l'homme et Tradition ). C'est dans la lignée de ces chercheurs que va se développer une sociologie de l’imaginaire illustrée notamment par les travaux de Michel Maffesoli, explorateur d'une "post-modernité" née de l'alliance entre archaïsme et technologie. Nous avons nous-mêmes consacrés trois billets au livre de Ken Wilber intitulé Les Trois Yeux de la Connaissance.

Une initiation noire 


Si, toujours selon Einstein,  "L’imagination est plus importante que le savoir" c’est que ce dernier se nourrit et se développe à partir des percées visionnaires véhiculées par celle-là. Toutes les études sur la créativité montrent le rôle central du couple intuition/imagination et le rôle secondaire de la rationalité comme traduction de celles-ci en termes abstraits à des fins utilitaire et instrumentales. Si la modernité désenchante le monde c’est qu’elle dévalue l’imagination au profit de la rationalité et la rationalité au profit d'un rationalisme qui subvertit complètement l’ordre de la connaissance : en usurpant le pouvoir de l’imagination, la raison abstraite dénature cette dernière et l'instrumentalise pour la mettre au service de son projet utilitaire

Cette véritable "subversion épistémologique" correspond à ce que Stengers et Pignarre nomment une "initiation noire" dans La Sorcellerie Capitaliste : « l’adhésion à un savoir qui sépare les personnes de ce qu’elles continuent à sentir souvent, et qu’elles renvoient désormais du côté du rêve ou de la sensiblerie » Dans nos sociétés marchandes, ce clivage schizoïde entre raison et sensibilité est accentué par une autre forme d'"initiation noire" : la publicité colonise l'imaginaire en transformant tout produit en support symbolique d'un affect et en manipulant ce symbole pour aliéner la psyché sous l'emprise de la marchandise. Nous pensions être les enfants émancipés des Lumières alors même que nous sommes devenus les adeptes d'un culte archaïque fondé sur le fétichisme de la marchandise.

Si la chasse aux sorcières apparaît comme le symbole tragique d'un désenchantement mortifère c’est qu’en massacrant les héritières de la tradition païenne, elle visait à instaurer l’hégémonie d’une abstraction fondée sur la diabolisation du sensible et le déni du vivant. Une hégémonie qui connaît aujourd’hui son apogée avec la suprématie de la techno-science au service de l’hubris néo-libérale, destructrices l’une et l’autre des milieux naturels et sociaux, culturels et spirituels. ( Lire à ce sujet Penser la Barbarie et La Barbarie techno-scientifique )

Les conséquences de cette "initiation noire", à l'origine d'une profonde scission avec le courant fondateur et créateur de la vie, ont été parfaitement anticipées par Antonin Artaud dont les propos prennent en ces temps de tueries de masse une tonalité prophétique : " Toutes nos idées sur la vie sont à reprendre à une époque où plus rien n'adhère à la vie. Et cette pénible scission est cause que la poésie qui n'est plus en nous et que nous ne parvenons plus à retrouver ressort, tout à coup, par le mauvais côté des choses; et jamais on aura vu tant de crimes dont la bizarrerie gratuite ne s'explique que par notre impuissance à posséder la vie."

Décoloniser l'imaginaire

Le déni contemporain de l’intuition et la manipulation marchande de l'imaginaire conduisent à une profonde régression : notre culture abstraite identifie la conscience au mental, le mental à l’instrumentalisation du monde et cette dernière à la maximisation de nos intérêts égoïstes. Dans une société où la rationalité instrumentale a colonisé notre imaginaire à des fins utilitaires, l’économie devient tout naturellement le modèle d’interprétation dominant qui réduit l’homme à la figure abstraite de calculateur égoïste. Le désenchantement est donc ce processus qui nous a fait passer, selon le mot de Max Weber "de l'économie du salut au salut par l'économie". Conscient de ce processus et animé d'une pensée anti-utilitariste, le mouvement de la décroissance - auquel nous avons consacré plusieurs billets - vise à mettre fin au culte de l’économie fondé sur le fétichisme de la marchandise. Au cœur de la décroissance : la décolonisation de l’imaginaire. 

Dans Pour en finir avec l'économie, Serge Latouche écrit : « La première forme de rupture impliquée par le projet décroissantiste consiste à décoloniser notre imaginaire, autrement dit à sortir de la religion de la croissance et à renoncer au culte de l’économie… La réalisation d’une société soutenable d'"abondance frugale" ou de "prospérité sans croissance" implique bien de décoloniser notre imaginaire pour changer vraiment le monde avant que le changement du monde ne nous y condamne dans la douleur. ». Serge Latouche synthétise ainsi sa pensée dans un entretien : « La décolonisation de l’imaginaire que je préconise vise précisément à extirper la racine du mal : l’économie. Il faut sortir de l’économie ! » (Reporterre)

Décoloniser l'imaginaire c'est changer notre vision du monde

Serge Latouche est un des animateurs du MAUSS - Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales - qui, comme son nom l'indique, combat l'hégémonie de la pensée utilitariste dans les sciences humaines. Dans le contexte de ce mouvement anti-utilitariste à l'origine du "convivialisme", sortir de l’économie signifie de manière plus générale se libérer d’une vision du monde fondée sur l’emprise de la raison instrumentale. Mais, faute de profondeur spirituelle, par frilosité académique, censure idéologique ou tout simplement manque d’inspiration – à moins que ce ne soit un mélange des trois – la plupart des penseurs de la décroissance s’arrêtent généralement à mi-chemin. S’ils évoquent une décolonisation de l’imaginaire, le sens de cette libération se limite trop souvent à une forme de convivialisme qui, loin de subvertir la culture de séparation, la pare de nouveaux habits humanistes.

Or la crise systémique que nous affrontons réclame, toujours selon Einstein, un autre mode de pensée : « La puissance déchaînée de l'homme a tout changé, sauf nos modes de pensées et nous glissons vers une catastrophe sans précédent. Une nouvelle façon de penser est essentielle si l'humanité veut vivre. » Faire advenir cette nouvelle pensée, c'est subvertir la pensée technocratique dominante à travers une "conversion épistémologique" qui réaffirme le rôle primordial de l'intuition visionnaire et de l'imagination tout en remettant la rationalité abstraite à sa place c'est à dire au service de la vie/esprit. Décoloniser l’imaginaire, oui, mais pour lui redonner sa dimension créatrice qui traduit en image le flux de l'intuition, instaurant ainsi une "vision du monde" accordée à l'évolution universelle.

C’est à ce processus de conversion épistémologique que nous convient les sorcières écoféministes en se réappropriant une culture de la magie fondée sur le pouvoir de l’imagination créatrice. Si le désenchantement du monde naît d’une colonisation de l’imaginaire, la décolonisation de celui-ci conduit au réenchantement du monde c’est-à-dire à l’expérience poétique d’une continuité intuitive et organique entre la subjectivité et son milieu d’évolution. Conversion totalement subversive dans un monde technocratique profondément perverti par l’inversion des ordres de la connaissance propre à une culture de séparation. 

Un processus d’Empowerment 

Dessin de Sylvie Voisin. Site Esprit de Femmes
Indissociablement spirituelle, culturelle et politique, la démarche de Starhawk est exemplaire de ce processus de conversion qui œuvre au réenchantement du monde. Héritière des traditions païennes, sa démarche spirituelle - totalement immanente - vise la reconnexion à la puissance créatrice de la vie, identifiée à la nature, incarnée par la femme et symbolisée par la figure de la Déeesse. Et c’est en ce sens qu’elle se définit elle-même comme sorcière néo-païenne. 

Le site Ecopsychologie évoque ainsi cette spiritualité écoféministe : « La transcendance, véhiculée par les monothéismes, serait surtout d’essence masculine : pour se tourner vers l’esprit, on méprise le corps ; parce qu’on exalte le ciel, on domine la terre. Les femmes, davantage en rapport avec la nature parce que plus impliquées dans des activités qui assurent la survie de la collectivité, trouveraient dans les spiritualités de l’immanence un chemin qui leur parle davantage. »  Quelques soient les formes - transcendantes ou immanentes - de spiritualité, toutes affirment la puissance créatrice de l'esprit. Dans le premier cas, cette puissance est souvent identifiée au Dieu transcendant des religions monothéistes, dans le second, elle est souvent identifiée à la Vie, symbolisée par cette figure du Féminin qu'est la Déesse. Dans le cadre d'une spiritualité non-duelle, la transcendance de Dieu et l'immanence de la Déesse apparaissent comme les deux faces complémentaires d'une même puissance créatrice.

Réhabiliter l’image et la tradition des sorcières c’est honorer la puissance vitale et créatrice du Féminin mais aussi et surtout la connaissance primordiale dont elle procède. C’est, dans le même mouvement, dévoiler et déconstruire l’emprise exercée par un système à la fois patriarcal, capitaliste et rationaliste qui dénie et diabolise cette puissance créatrice pour mieux l’exploiter au profit d’un pouvoir mortifère. C’est parce que la mondialisation néo-libérale est la traduction socio-économique de cette culture de séparation que Starhawk s’est engagée dans une action politique en participant successivement aux mouvements pacifistes, altermondialistes et pour la justice climatique. 

Au cœur de cette action, un processus d’"empowerment" qui développe un potentiel individuel et collectif pour se libérer des conditions et des situations aliénantes créées par la culture de séparation. Groupes et individus se réapproprient ainsi leur capacité d'agir loin des idéologies partisanes et d'une démocratie représentative pervertie par l'oligarchie économique. Dans le cas de Starhawk, il s’agit, selon Emilie Hache, de « rendre capable des individus de dire et faire des choses dont ils n’auraient jamais pu soupçonner avoir les ressources et que leur participation à un groupe rend possible ». Ce processus d’empowerment passe aussi bien par une immersion dans la nature que par l’expression d’une intelligence collective au sein d’un groupe ou la mobilisation de l’imaginaire impulsée par des rituels adaptés à chaque situation. Il s’agit, à travers toutes ces expériences, de retisser des liens vivants avec un milieu à la fois naturel, social et spirituel, détruits par l’hubris néo-libérale.

Si l’expérience des sorcières néo-païennes inspire les jeunes générations c'est parce qu'elle montre comment la création de toute nouvelle forme socio-politique doit s’enraciner à la fois dans la subjectivité d'individus visionnaires et dans l’intersubjectivité de groupes pionniers qui ont le courage et la force de s’émanciper des anciens modèles devenus aliénants parce qu'inadaptés. Hélas, nombre de mouvements d’émancipation sont en retard d’une révolution : ils utilisent les références abstraites et les outils intellectuels, le langage du pouvoir et la culture de séparation qui fondent la domination. "Comment lutter contre la séparation avec les outils de la séparation ?" s’interrogeait très justement Annie Le Brun, faisant écho à Einstein (encore lui !...) pour qui "On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l'ont engendré". Les sorcières écoféministes refusent l'impasse de cette "contestation mimétique" qui consiste à utiliser le cadre aliénant de la pensée dominante pour s'en libérer. C'est ainsi qu'elles subvertissent la culture de séparation en réhabilitant une culture de la magie fondée sur la continuité harmonique entre l’esprit humain et son milieu d’évolution.

Pensée magique et Magie de la pensée

Le modèle développemental de la Spirale Dynamique

Dans cet univers complexe de la magie, la connaissance des modèles développementaux véhiculée par l’approche intégrale permet de bien opérer la nécessaire distinction entre pensée magique, liée aux stades infantiles et pré-rationnels du développement humain, et magie de la pensée, liée aux stades supérieurs, transcendant la simple rationalité par l’intuition visionnaire. Pré-individuelle, la pensée magique est liée aux premiers stades du développement humain, ceux d'une fusion avec le milieu d'origine, avant que l'identité personnelle ne se différencie de celui-ci. C'est pourquoi elle est fortement influencée et parasitée par les fantasmes archaïques d’une toute puissance infantile.

Transpersonnelle, la magie de la pensée transcende l’identité personnelle et les limitations de l’égo en agissant sur le monde formel à travers de subtiles et mystérieuses influences énergétiques. La Théurgie est une des manifestations les plus hautes cette magie de la pensée, célébrée et pratiquée par de nombreux initiés - dont certains furent célèbres - à la fois comme une science et un art. Science d'une architectonique universelle qui révèle la continuité énergétique et organique entre les principes, les lois et les phénomènes. Art qui est application pratique et inspirée de cette connaissance primordiale.

Nombre d’occidentaux opèrent ce que Ken Wilber nomme la Confusion Pré/Trans : ils confondent effectivement les stades pré-personnels et infantiles où règne la pensée magique avec les stades supérieurs de conscience où opère la magie de la pensée. Le schéma ci-dessous présente les divers stades évolutifs de ce modèle développemental qu'est la Spirale Dynamique, souvent évoquée dans Le Journal Intégral, et notamment ici. Un tel modèle permet d'opérer la distinction entre le "Mème Violet" d'une part, situé au début de la spirale évolutive, lié à une pensée magique, animiste et tribale, et d'autre part, le "Mème Turquoise" situé à la fin de cette spirale et lié à la magie de la pensée à travers la profondeur d'une expérience spirituelle qui réenchante le monde en transcendant les dualismes.


Cette confusion Pré/Trans entre pensée magique et magie de la pensée est tout à fait compréhensible dans la mesure où ces deux dynamiques coexistent de manière souvent contradictoires chez tous ceux dont le cheminement spirituel n'a pas encore permis de transcender l’égo et ses fantasmes de toute puissance. Une telle confusion explique en grande partie le discrédit jeté sur la culture de la magie par une pensée moderne qui réduit celle-ci à ses formes les plus primitives en opérant l'amalgame entre théurgie, magie et sorcellerie. En fait, la culture de la magie s'exprime de manière différente à chaque stade du développement humain. Par-delà la distinction entre magie noire et blanche, sorcellerie et théurgie, la magie se décline à travers toutes les couleurs de la Spirale Dynamique : magies violette, rouge, bleue, orange, verte, jaune ou turquoise correspondant chacune à un stade évolutif et dont il faudrait établir une cartographie détaillée qui dépasse le cadre de ce billet.

Au stade de développement actuel des sociétés occidentales, la "magie Orange" s'exprime à travers l'univers du développement personnel dans les termes d'une pensée positive au service de la réussite individuelle. "Quelle que soit la chose que vous pouvez faire ou que vous rêvez de faire, faites-la. L'audace a du génie, de la puissance et de la magie." Cette citation de Goethe qui illustre le pouvoir de l'intention a inspiré les réflexions et pratiques de nombreux acteurs du développement personnel. A partir de cette citation, l'alpiniste William Hutchison Murray précise cette "magie Orange" fondée sur le pouvoir de l'engagement : « Dès le moment où l’on s’engage pleinement, la providence se met également en marche. Pour nous aider, se mettent en œuvre toutes sortes de choses qui sinon n’auraient jamais eu lieu. Toutes sortes de circonstances favorables se produisent qui, autrement, ne se seraient pas manifestées. La décision engendre un courant d’évènements qui suscite sur son passage une variété d’incidents imprévus et bénéfiques, de rencontres et de soutiens matériels dont personne n’aurait osé rêver. » 

L’art de réaliser des visions 


"Engendrer un courant d'évènements" tel est aussi le but poursuivi par les sorcières écoféministes dont la "magie Verte" dépasse la réussite individuelle pour développer l'interaction et l'harmonie de l'individu avec les milieux - naturels, communautaires et symboliques - où il évolue. Dans son introduction à Rêver l’obscur. Femmes, magie et politique de Starhawk, Emilie Hache explique la façon dont celles-ci conçoivent la magie comme l’expression libératrice d’une intuition visionnaire et d'une imagination créatrice capable de la formaliser : « Il n’y a rien de plus sérieux aujourd’hui que de devenir capable, à notre tour, d’inventer collectivement des dispositifs qui nous protègent à la fois du désespoir et du cynisme, comme des paroles qui suspendent le cours habituel des choses et (re)créent du possible. Si le premier acte de magie des écoféministes sorcières consiste à nommer ce qui fait peur, ce qui rend impuissant-e, le second consiste à nommer ce qui rend puissant-e, nommer ce que l’on souhaite à la place : c’est ce que Starwhak appelle « créer une vision ». 

" Nous faisons de la magie en visualisant ce que nous voulons créer… La Magie a souvent été pensée comme l’art de faire devenir vrai les rêves : l’art de réaliser des visions. Mais avant de rendre réel une vision, nous devons la voir. Nous devons avoir de nouvelles images à l’esprit, nous aventurer dans un paysage transformé, raconter de nouvelles histoires. " A cet égard, il est clair que la ré-création de la déesse par les écoféministes néo-paiennes comme la réactivation politique et pragmatique de l’histoire de l’éradication des sorcières européennes, fabrique une vision aussi puissante que radicalement différente en termes de monde. » 

Décoloniser l’imaginaire c’est reconnaître la puissance magique de l’intuition visionnaire et utiliser celle-ci comme un outil d’émancipation dans une dynamique de réenchantement du monde. Dans Rêver l’obscur, Starhawk écrit : « Si la magie est " l’art de provoquer un changement en accord avec une volonté " alors les actes politiques, les actes de protestation et de résistance, les actes qui disent la vérité au pouvoir, les actes qui poussent au changement sont des actes de magie… J’aime définir une incantation ou un sort " comme un acte symbolique fait dans un état de conscience plus profond ". Quand l’action politique se déplace dans le royaume des symboles, elle devient magique. Si nous appliquons les principes de la magie à la politique, nous pouvons mieux comprendre les actions politiques et les rendre plus efficaces. » 

Un changement de paradigme 


Conçue de cette manière, la magie devient un véritable art de la transformation de soi et du monde qui passe notamment par des rituels mobilisant la profondeur de l’intuition visionnaire et la puissance de l'imagination créatrice. Nous comprenons très bien ce qu’un tel discours peut avoir d’inouï, d’inaudible et de répulsif pour des esprits français formés et formatés, qu’ils le veuillent ou non, par le cartésianisme et son ontologie dualiste qui sépare de manière irréductible la conscience de son milieu d'évolution. Et c’est bien par ce qu’il peut avoir de répulsif pour des esprits cartésiens qu’un tel discours est radicalement subversif. 

Nous demandons simplement à nos lecteurs de dépasser cette répulsion en prenant conscience que celle-ci est l’expression même d’une culture de séparation qui peut et doit être aujourd’hui transcendée à travers une culture d'intégration qui ouvre la voie au réenchantement du monde. C’est à leur attention que nous avons proposé dans nos rubriques Ressources de nombreuses références bibliographiques et netographiques permettant de mieux comprendre et d’expliquer de manière rationnelle – souvent universitaire – la démarche supra-rationnelle des sorcières écoféministes. Nous n'avons pas la prétention d'analyser de manière exhaustive, en quelques paragraphes, ce phénomène complexe qu'est le réenchantement du monde : nous proposons seulement des pistes de réflexions et des ressources susceptibles d'accompagner une recherche personnelle ou collective.

Starhawk analyse ainsi les résistances culturelles qui font obstacle à une compréhension de sa démarche : « Un changement de paradigme, de conscience, est toujours incommodant. Chaque fois que nous éprouvons la sensation légèrement effrayante, légèrement embarrassante, que produisent des mots comme Déesse, nous pouvons être sûrs que nous sommes sur le chemin d’un profond changement dans la structure et le contenu de notre pensée… La magie est un autre mot qui met les gens mal à l’aise, aussi je l’utilise délibérément car les mots avec lesquels on se sent bien, les mots qui paraissent acceptables, rationnels, scientifiques et intellectuellement fiables, le sont précisément parce qu’ils font partie de la langue de la mise à distance. » 

La culture de séparation est fondée sur la mise à distance induite par le processus d'objectivation. La réhabilitation de la magie à laquelle procèdent les sorcières écoféministes cherche à dépasser cette culture de séparation en développant une culture d'intégration fondée sur la participation sensible de la subjectivité à son milieu. Le processus d'"empowerment", la décolonisation de l’imaginaire et la réhabilitation de la magie dont elles sont les initiatrices participent à une dynamique de réenchantement à l’œuvre simultanément dans tous les dimensions de la vie humaine : culture, science, subjectivité, politique, féminisme, sexualité etc... Si Dieu nous prête vie et si Vie nous en donne la force, nous aurons l'occasion d'analyser plus avant cette dynamique et ses manifestations dans de prochains billets.

D'ici là, chez lecteurs, profitez de cette période estivale pour développer L'Esprit de Vacance qui permet un retour aux sources de la vie et à sa magie poétique. Se ressourcer à l'Esprit de Vacance, c'est décoloniser son imaginaire de la connerie ambiante et de la barbarie sanglante qui souvent l'accompagne comme son ombre. C'est aussi prendre du recul sur les évènements tragiques vécus ces derniers temps et sur les explications superficielles auxquelles ils ont donné lieu, en méditant profondément l'intuition d'Antonin Artaud : "Jamais on aura vu tant de crimes dont la bizarrerie gratuite ne s'explique que par notre impuissance à posséder la vie." Au cœur du réenchantement du monde, l'Esprit de Vacance transforme cette impuissance nihiliste à posséder la vie en une puissance créatrice qui l'honore et la célèbre. Que cette période estivale se déroule sous le signe de cette célébration en reconnectant notre vie à la présence mystérieuse et évolutive, poétique et jubilatoire, qui l'anime et la transcende.

Ressources 

Dans les deux précédents billets - Femme, magie et politique, Le Retour des Sorcières - nous avons proposé de nombreuses références bibliographiques et netographiques concernant les sorcières, l’écoféminisme et les sorcières écoféministes comme Starhawk.


La sociologie de l’imaginaire : une compréhension de la vie quotidienne Valentina Grassi

Le Réenchantement du monde. Une éthique de notre temps  Michel Maffesoli

Créativité Transcendante  Devenir le co-créateur de sa vie.Willis Harmann et Howard Rheingold. Ed. de Mortagne. 

La Sorcellerie Capitaliste d'Isabelle Stengers et Philippe Pignarre. La Découverte

Pour en finir avec l'économie  Décroissance et Critique de la valeur de Serge Latouche et Anselme Jappe Ed. Libre et Solidaire

La Décroissance permet de s'affranchir de l'impérialisme économique. Entretien avec Serge Latouche sur le site Reporterre

Revue du Mauss  Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales.

Trois Minutes à méditer  Signe des temps : cet été, France Culture se convertit à la méditation !... Christophe André propose une introduction simple et ludique à la méditation en pleine conscience. Chaque jour, trois minutes de méditation guidée, pour respirer, se concentrer et lâcher prise. Une belle occasion de se ressourcer à l'Esprit de Vacance.

Lectures estivales du Journal Intégral : La Voie de l'Intuition (3 billets), Le lien homéotéliqueLes Trois Yeux de la Connaissance (3 billets), Les Convivialistes Décroissance ou Barbarie , Sortir de l'économie (2 billets)Une spirale dynamique aux couleurs de l'évolution , Penser la barbarie , La Barbarie Techno-scientiste 

Devoir de Vacance : un résumé et une présentation des six billets consacrés à L'Esprit de Vacance